Le Diocèse de Paris dans la tourmente de la commune

L’Équipe d’Animation Pastorale propose, à l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, de vous faire connaître les événements qui ont marqué de façon durable le diocèse de Paris, nos paroisses, et notre quartier du 11ème arrondissement, en raison non seulement des violences dont ils ont été victimes, mais aussi des circonstances qui peuvent expliquer ses comportements.

Michel Roure vous suggère de lire ce qui va suivre.

La fin du Second Empire

6 août 1870 – Reischoffen – Sabre au clair, dans une charge terrible et formidable, les Cuirassiers de la Deuxième Division du Général Bonnemains déboulent d’une crête sur les artilleurs prussiens cachés dans les houblonnières. Combat inutile et inégal. Les canons Krupp déciment les centaures qui roulent sur la terre alsacienne. Il y aura peu de survivants. Cette bataille sera le début de la fin de l’armée française de l’Est. Les défaites vont se succéder. Malgré les combats acharnés qui se continuent à l’Est puisque le général Bazaine, à Metz, ne se rendra qu’en octobre, Napoléon III abdique le 2 Septembre et disparaît. Bismark triomphe et envahit la France jusqu’à Paris. Et le 4 Septembre, Gambetta proclame la 3ème République à l’Hôtel de Ville de la capitale.

Le siège de Paris

Septembre 187O – Le zoo de Vincennes est vide. Et pour cause ! Les Parisiens, encerclés par les Prussiens, sont affamés. Après leurs animaux domestiques, qu’ils ont mangés cuits ou rôtis, ils ont commencé à goûter aux zèbres et aux girafes. Même Castor et Pollux, les éléphants qu’aimaient tant les gamins, sont passés à la moulinette.

Alors que la Province peu à peu rend les armes, les Parisiens ne veulent pas se soumettre. Ce sont des frondeurs nés, ces artisans, ouvriers, menuisiers, ferrailleurs, petits commerçants, petits patrons. Ils veulent continuer la lutte. Ils ont avec eux une garde nationale de 200.000 hommes et ils sont 2 millions. Ils ne veulent plus ni d’un empereur ni d’un roi. Et pas d’une République dont ils sentent qu’elle leur échappe. Ils veulent une vraie république : sociale, populaire, ouvrière, patriotique. Ils veulent continuer la lutte, reprendre l’Alsace-Lorraine, bouter les Prussiens hors de France. Ils continuent donc les combats alors que le gouvernement provisoire, conduit par Adolphe Thiers, compose avec l’ennemi pour un armistice. De pourparlers en compromis, de paix provisoire à armistice total, le traité de Paix est signé enfin avec Bismarck, le 26 Février 1871.

Paris capitule, exsangue, affamé, mais prêt à d’autres batailles.  Des élections ont lieu en février. Sans difficulté, Thiers triomphe. Il est élu à la fois Président de la République et Chef de Gouvernement. Il est surtout élu par des royalistes. Paris s’étrangle ! Paris s’émeut ! Paris grogne et…

Montmartre et Journée du 18 Mars

Sur la Butte, Adolphe Thiers veut récupérer une bonne centaine de canons qu’il ne veut pas laisser dans Paris car il a vent de ce début de fronde. Il décide de les prendre par la force. 

Mauvaise pioche ! La troupe dépêchée se rebelle, fait pacte avec les Parisiens et sa Garde Nationale s’oppose au déménagement et, dans la foulée, fusille les généraux envoyés par Thiers : Lecomte et Clément Thomas. A la tête de cette première insurrection, une femme, dont on entendra beaucoup parler par la suite : Louise Michel.

La Commune de Paris est lancée. Elle durera jusqu’au 28 Mai. Thiers a compris. Il quitte Paris pour Bordeaux puis se rend très vite à Versailles. Avec lui s’enfuit également une bonne partie du milieu bourgeois et patronal. Tout est en place pour une guerre civile Paris/Province. Communards/Versaillais.

Montmartre et Sacré-Cœur

En 187O la Butte est couverte de moulins à vent, de cabarets, de vieilles maisons, et surtout de jardinets et de champs clos. C’est à cet endroit que va s’élever la très controversée Basilique du Sacré-Cœur. Et pourtant….

C’est exactement le 4 Septembre 187O, jour de la proclamation de la 3ème République que l’évêque de Nantes, Mgr Fournier, parle de punition divine après la défaite de la France face aux Prussiens. Il est fort probable que cette lettre ait pu influencer, en décembre de la même année, MM Legentil et Rohaut de Fleury, fort prisés à l’évêché de Paris, qui évoquent publiquement de faire amende honorable devant les malheurs de la France et aussi devant la récente confiscation des Etats Pontificaux par le Royaume d’Italie.

En janvier 1871 ces deux notables et mécènes décident d’ériger un monument qu’ils désirent appeler « Sacré Cœur ». La même année, mais en mars, éclatent les événements de la Commune de Paris. En 1872 les promoteurs demandent à l’Assemblée Nationale de légiférer pour notifier ce projet d’utilité publique. Le 24 juillet 1873, est votée la loi d’utilité publique pour édifier sur la colline de Montmartre un édifice catholique à perpétuité. Le financement est réalisé par des dons et des souscriptions auxquelles participent de nombreux Français. Et l’historien de l’art Didier Rykner de citer : « Il y a inanité totale de débat entre le monument du Sacré-Cœur et la Commune de Paris ».

Le 16 juin 1875 : Pose de la première pierre. A cette occasion, – peut-être est-ce là que se situe le litige de la destination de l’érection du monument ? –  Mr de Fleury ne peut s’empêcher de dire : « Cette église aura aussi pour but de de pérenniser la mémoire de toutes les victimes de la Commune ». Les travaux commencent donc sur des plans de l’architecte Paul Abadie. Pour une église de style romano byzantin. Ils dureront plus de 50 ans. L’architecte premier étant décédé en 1884, d’autres architectes interviendront dont un certain Charles Garnier. Le monument est consacré en 1919 et est nommé basilique mineure au même titre que Notre-Dame de Paris et, plus près de nous, Notre Dame du Perpétuel Secours.

La Commune de Paris ou « La république de la justice et du travail »

La Commune jette les bases d’une République démocratique et sociale. Elle veut surtout soulager la misère du peuple. Elle instaure notamment l’école laïque et obligatoire. Elle égalise les droits des hommes et des femmes. Elle instaure la séparation de l’Église et de l’État. Et elle s’affirme anticléricale. Mais sur ce dernier point, l’Église ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Pouvait-t-il en être autrement ? ! L’Église s’est totalement coupée du monde ouvrier : L’Église de France a flirté ouvertement avec l’Empire. Elle a pris position pour prendre possession de l’ordre moral : enseignement, éducation, civisme, orientation religieuse. Elle influence beaucoup les femmes, les notables, le grand patronat.

À Paris, l’empereur le lui rend bien : augmentation du salaire des prêtres, construction de nouvelles églises dont, près de chez nous Saint Joseph des Nations, Saint-Ambroise, et Notre Dame de la Croix. Malgré tout, il faut souligner la grande figure de Frédéric Ozanam, le précurseur du catholicisme social, qui a découvert l’extrême pauvreté de la classe ouvrière parisienne et qui a fondé une institution fort importante : la Conférence saint Vincent de Paul, visant l’aide matérielle aux pauvres et aux isolés. Ozanam meurt avant la Commune de Paris, mais son institution lui survivra. Un prêtre – le père Planchat – en sera, par contre, pendant la Commune, un de ses principaux dirigeants. Le parti Républicain fait en France une forte percée avec ses théoriciens : Proudhon, Blanqui, Vallès. Ils seront les artisans de la Commune de Paris. Ce parti est fortement anticlérical à Paris parmi le monde ouvrier et enseignant, beaucoup plus modéré par contre dans les campagnes. Mais tous veulent la séparation de l’Église et de l’État. C’est ce que va décider en premier la Commune de Paris. Et elle va frapper à la tête !

La Commune de Paris face à l’Eglise de Paris

Arrestation et Mort de Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris

4 Avril 1871. 8 heures du matin. Une vingtaine de gardes nationaux, baïonnettes au canon, sous le commandement de Raoul Rigault, Préfet de Police de la Commune, grêlent de coups la grande porte du palais épiscopal, 127 rue de Grenelle. « Commune de Paris, ouvrez ». Le concierge, apeuré, ouvre. La garde entre en vociférant. Et s’arrête. Là-haut, à l’étage, calme, résigné, digne, entouré de ses vicaires apostoliques, l’évêque attend… Le Préfet, connu pour sa haine anti-religieuse et son implacable cruauté l’interpelle « Darboy, je vous arrête pour attaque délibérée de la Commune ». Le prélat ne répond rien et entreprend de descendre le grand escalier entouré de soldats menaçants.

Tout en se dirigeant vers la voiture qui l’attend pour le transporter à la prison Mazas, il sait qu’il laisse à la merci des communards 15OO prêtres. Il sait qu’ils sont depuis longtemps en butte aux menaces, aux insultes, aux railleries. Il sait que des églises sont occupées comme Saint-Ambroise et Notre-Dame de la Croix. Il sait qu’il y a eu des arrestations, comme des aumôniers et des enseignants, notamment des jésuites que les fédérés haïssent fortement… Mais il sait aussi qu’il n’y a pas eu de morts et qu’il y a encore des Parisiens qui ne veulent pas que l’on s’en prenne à leurs prêtres. Dans les églises occupées, le culte est célébré le jour, les réunions des communards la nuit. En fait, une « entente » fort curieuse. Mais les communards ne sont pas tous des ultras et des « bouffeurs de curés » notoires.

Mais pourquoi Mgr Darboy, alors qu’il avait déjà dit être républicain, mais aussi aumônier de la Cour Impériale et sénateur, n’a-t- il pas voulu entendre la parole de l’abbé Mounier, curé de Saint-Sulpice « Ah, si l’Eglise de Paris avait épousé la cause du peuple… ! » Pourtant aucune église de Paris ne sera détruite. Notre-Dame, par contre, échappera de peu à l’incendie lors de la Semaine Sanglante. Mgr Darboy ne sera jamais jugé.

Plusieurs fois, des émissaires seront envoyés auprès de Thiers pour qu’il soit échangé contre Auguste Blanqui, emprisonné, théoricien de la violence républicaine, partisan de la lutte à outrance. Thiers ne cédera pas. Blanqui est trop dangereux. La décision de la Commune de Paris, qui change le nom de Conseil en celui de Comité de Salut Public, ce 21 Mai, est prise à main levée, dans l’Eglise de Notre-Dame de la Croix : « La mort ». Et, Le 24 Mai 1871, Mgr Darboy, avec 6 autres prêtres, est fusillé dans les fossés de la Prison de la Roquette. Lors de ces tragiques événements, la Commune de Paris s’est installée, pour une dernière fois, dans une mairie parisienne. Ce sera la nôtre : La mairie du 11ème arrondissement.

Vie et Mort du Père Henri Planchat

Ordonné prêtre en province, le père Planchat est nommé, d’abord à Grenelle puis dans l’Est Parisien, au quartier Charonne. Il sera le premier prêtre à faire partie de la Conférence Saint-Vincent de Paul. Il va dès lors s’occuper essentiellement des enfants et des pauvres. En 1863, il ouvre notamment des salles de réunion pour les jeunes au 81 rue de de la Roquette. Devenu trop petit, ce local est transféré rue des Bois, dans le 20ème arrondissement. Il s’y occupe alors d’environ 5OO jeunes. Sa renommée s’étend dans tout l’Est de Paris. Non seulement il éduque et forme les jeunes mais il donne aussi des cours d’instruction religieuse aux habitants. En 1871, il va même s’occuper de gardes nationaux, blessés, malades ou au repos.

Le 26 Mai, avec 9 autres prêtres et une quarantaine de civils, il est convoyé vers les Buttes Chaumont, quittant peu à peu le centre de Paris à mesure que les troupes versaillaises approchent. Dans le tumulte général, il est fusillé rue Haxo avec tous les autres infortunés prisonniers. Plus tard on élèvera à cet endroit une église qui prendra le nom de « Notre-Dame des Otages ».

La Ville de Paris, en hommage à son action, changera plus tard la rue des Bois en rue Planchat, dans le 20ème arrondissement.

Voici, en quelques lignes, le résumé de ce qui s’est passé dans notre arrondissement au temps de la Commune. Notre église, à ce moment-là, n’était pas construite. Elle n’a donc pas été témoin de ces événements.

 Le 11ème arrondissement, par contre, a gardé de nombreux souvenirs de ce temps-là. Il a été un des plus fervents participants de la Commune en raison de son esprit frondeur, de sa ferveur révolutionnaire et de son glorieux passé. Il a donné plusieurs députés à la Commune. Les dernières barricades y ont été érigées. Les 150 ans de la Commune sont un bon moyen de se souvenir. Il n’est pas trop tard pour se recueillir à St-Ambroise, à St-Joseph des Nations, puis à Notre-Dame de la Croix. Et de se rendre dans notre mairie, puis à l’ancienne prison de la Roquette et enfin au Père Lachaise pour penser à ces tragiques journées qui se sont déroulées de Mars à Mai 1871.

Références :

Paul LESOURD  La Butte Sacrée  Ed. SPES  1937

Jacques BENOIT  Le Sacré-Cœur  Ed. De L’ATELIER  1992

Jacques ROUGERIE  La Commune  Ed.PUF  2014

JC CARON  Les Feux de la Discorde  Ed HACHETTE  2006

Pierre MILZA  L’Année Terrible  Ed. PERRIN  2009

BOUDON  Mgr Darboy  Ed DU CERF  2011

DUGAST  L’abbé Planchat  Ed GUY VICTOR  1969Dr

JP MARTINEAUD  La Commune et l’Assistance Publique  Ed de l’HARMATTAN  2004